Le carnaval est aujourd’hui une fête courante dans tout le monde occidental. Une occasion de faire la fête, de se déguiser, de s’adonner à quelques plaisanteries paillardes. Et les plus croyants y voient peut-être encore une bonne période pour ripailler copieusement avant de se limiter pendant le Carême.
Mais que sont toutes ces rigolades et défoulements populaires de la plupart des régions face à l’art consommé du Carnaval de Venise ? C’est avec admiration que je contemple ces tenues baroques, cette tradition des capes et chapeaux tricornes et ces créatures de rêve masquées et appareillées jusqu’au moindre détail. Une recherche du luxe et de la perfection, pour un résultat parfois étonnant plein de mystère.

Je suis toujours intéressé de remonter à l’origine des choses. Et une enquête approfondie sur le carnaval nous fait remonter jusqu’à la nuit des temps. Ainsi, déjà dans l’Antiquité des grands empires de Mésopotamie, on trouve une période en fin d’année pendant laquelle les gens essayaient de renverser le flux habituel des choses. En Mésopotamie, il y avait quelques jours pendant lesquels le roi était fictivement démis de ses fonctions, où l’on donnait de la voix aux esclaves qui avaient exceptionnellement le droit de donner leur avis et de placer des critiques. Bref une espèce de jeu de rôle qui bouleverse les choses.
Ces traditions et rites ont trouvé leur prolongation dans les fêtes de l’ancienne Grèce à l’honneur de Dionysos ou plus tard les Saturnales de la Rome antique. Et déjà en ces temps reculés, ces réjouissances étaient une occasion de se libérer, de boire et manger sans contrainte. A l’époque des Celtes, ces fêtes de fin d’année ont trouvé une dimension supplémentaire, à savoir marquer la fin de la saison des moissons et des préparatifs pour les cultures de la nouvelle année. Pour les Celtes, le changement de saison et en particulier le solstice d’hiver, était également considéré comme une fenêtre mystique pendant laquelle le monde des vivants s’ouvre au monde de l’au-delà. Un bref moment où les vivants peuvent communiquer avec les morts. On dit que c’est à cette époque que les déguisements sont devenus coutume, le fait de porter des vêtements à l’envers pour marquer une période qui sort de l’ordinaire. Et les jeunes gens avaient l’habitude de se masquer pour favoriser la prise de contact avec les âmes défuntes.
Avec l’avènement du Christianisme, l’Eglise a essayé de diminuer l’impact des croyances païennes, de rapprocher les anciens rites d’un nouvel ordre religieux. Ainsi les fêtes de fin d’année et les cadeaux ont été recentrés sur Noël et carnaval s’est déplacé vers le mois de février. Le mot en lui-même viendrait selon certains étymologistes de Carma, ancienne déesse de la fève et du lard. Plus généralement on considère que le mot vient d’une contraction des termes latins « carnis » (viande) et « vale » (adieu), faisant donc référence au Carême qui commence après les jours gras et qui dure jusqu’à Pâques.
Il y a certes un long chemin entre ces origines lointaines et le paroxysme du Carnaval de Venise au XVIIIe siècle et j’aurai l’occasion de revenir sur ce sujet dans les prochains posts.